L’exposition ContemporaryBénin se donne à Abidjan

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Les amateurs d’art contemporain africain ont bien de la chance s’ils sont à Abidjan, la capitale ivoirienne. Depuis le 8 avril et jusqu’au 9 mai, la Fondation Donwahi, et la Galerie AMANI, deux lieux d’exception accueillent l’exposition itinérante ContemporaryBénin, soit, plus d’une centaine d’oeuvres – peintures, sculptures et photographies – de quatorze artistes béninois. Elle doit ensuite s’envoler pour Cotonou puis Dakar d’ici décembre 2021.

Qu’est-ce qui fait courir les artistes contemporains béninois à Abidjan ?

Connaisseur des réalités béninoises et ouest-africaines, le commissaire d’exposition également collectionneur, Idelphonse Affogbolo, est parti d’un constat : « la vitalité de la scène artistique africaine manque cruellement de visibilité, de promotion, de notoriété, de circularité et de moyens ». Il affiche d’emblée l’ambition « de créer de fortes synergies entre les artistes et les acteurs du monde de l’art de la région ouest africaine ». Pour cet homme d’affaires, « faire voir et mettre en partage sur la scène ivoirienne, plus d’une centaine d’œuvres d’artistes béninois, c’est favoriser ce brassage culturel qui devrait cimenter au-delà des échanges économiques notre appartenance à une zone culturelle diversifiée, forte et majeure ».

En effet, après avoir séduit les les collectionneurs et foires des pays occidentaux depuis un certain nombre d’années, les artistes retrouvent l’Afrique. « Les artistes contemporains béninois depuis une vingtaine d’années ont honoré des grands rendez-vous d’art contemporains : Documenta de Cassel, la Biennale de Venise, de Dakar, Bamako, avance le grand Dominique Zinkpé, multi-récompensé pour son travail inspiré des cultures animistes. « Moi particulièrement, j’ai côtoyé des artistes majeurs de l’Afrique tels Bathélémy Toguo du Cameroun, Ndari Lô du Sénégal, Bruly Bouabré et Jems Koko Bi de la Côte d’Ivoire, par exemple, pour ne citer que ceux-là, souligne l’artiste qui s’est donné pour mission de former les jeunes générations. Je pense que la planète est aussi cyclique. C’est au tour de l’Afrique de rayonner à travers l’art plastique. Dans la sous-région du Nigéria au Ghana, il y a une grande effervescence de la créativité sans compter le Sénégal, le Maroc » pointe t-il. 

Le Bénin en effervescence, ici et là-bas

Dans une exposition à double volet, il est question de proposer une rencontre avec le Bénin. Un parcours qui peut désorienter voire déstabiliser les visiteurs habitués à une certaine unité entre artistes d’un même pays. Au Bénin, il en est autrement. Créativité et liberté caractérisent le travail des artistes car le pays n’a pas d’école des Beaux-Arts. Grâce à son terreau d’histoire, ses rites et traditions, une lignée d’artistes a émergé pour finalement tracer plusieurs générations. « Je fais de mes traditions le creuset à partir duquel s’ouvre une porte sur le monde. Une porte à partir de laquelle j’invite d’autres cultures à partager la mienne », dit-il.

C’est dans ce rendez-vous du donner et du recevoir que j’espère voir naître la « civilisation de l’Universel » si chère à Léopold Sédar Senghor » ,confie Éliane Aïsso, 31 ans, passée par le Studio National des Arts Contemporains de Fresnoy à Tourcoing, en France. « Six années d’études théoriques et pratiques m’ont ouvert les voies vers différents médiums. La peinture le dessin et l’art textile puis la photographie m’ont permis d’évoluer vers des techniques plus contemporaines, vers des installations et des recherches filmiques. Je pouvais ainsi tresser des liens avec ces techniques, les métisser et les marier », explique celle qui puise son inspiration dans sa culture traditionnelle béninoise. 

Sènami Donoumassou ne dit pas autre chose lorsqu’elle s’approprie la technique du photogramme, « la tradition animiste telle que pratiquée au Benin me sert énormément dans ma réflexion et l’approche de mes sujets. Il m’arrive d’utiliser des symboles ou objets représentatifs qu’on retrouve dans la culture vaudou pour m’exprimer ou aborder un sujet particulier », poursuit-elle. Et de poursuivre : « il y a des choses qu’on ne peut dire qu’avec des choses de chez nous et ce quelle que soit la technique artistique utilisée ».

Au-delà de cette forte tradition, les thèmes chers aux contemporains béninois sont aussi divers que leurs matériaux. Ils sont depuis toujours préoccupés par les délicates questions sociales, la représentativé des femmes, la migration, les maladies, les échanges économiques, etc. Grâce à un catalogue en ligne hyper-documenté, il se murmure que l’exposition est déjà un succès de vente auprès des collectionneurs et acheteurs. Prochaine étape : Cotonou, puis Dakar, avec de « nouvelles déclinaisons d’expositions accueillies par de nouveaux acteurs du monde de l’art contemporain de chaque ville ». Vaste programme !




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