Debré : « « L’exécutif a peur de ces élections régionales et départementales »

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En novembre dernier, l’ancien président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré s’était vu confier un rapport quant à la bonne tenue des élections régionales et départementales. On décida alors que le scrutin, prévu originellement en mars, se tiendrait finalement en juin. À l’époque, Emmanuel Macron et Jean Castex cherchaient un consensus politique pour déminer le terrain et les potentielles accusations de manipulation électorale.

Ces dernières semaines, un nouveau décalage était dans l’air dans l’entourage du chef de l’État, de quoi alimenter le soupçon sur les arrière-pensées électoralistes de la macronie. Finalement, après un week-end de tergiversations et d’errements politiques, le gouvernement a tranché : les scrutins auront bien lieu en juin.

Le Point : On reparlait ces derniers jours d’un report des élections régionales et départementales. Or, en novembre dernier, vous remettiez au gouvernement un rapport préconisant que le scrutin ait lieu en juin. N’avez-vous donc pas été écouté ?

Jean-Louis Debré : Lors de la publication du rapport, il y avait un consensus de toutes les formations politiques et de toutes les associations d’élus locaux. À cet instant, il aurait fallu prendre contact avec toutes les mairies de France, via les préfectures, pour préparer les conditions d’une bonne organisation du scrutin. Or rien n’a été fait !

Comment l’expliquez-vous ?

J’observe, depuis que je travaille sur ce dossier, que certains autour du président de la République ne souhaitent pas que ces élections régionales et départementales aient lieu au mois de juin. Or ils ont été surpris par le consensus politique né de mon rapport en novembre et tergiversent aujourd’hui alors que le scrutin approche.

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De qui parlez-vous ? D’Emmanuel Macron ?

Du gouvernement et, a fortiori, du chef de l’État, en effet. Dans cette affaire, l’exécutif a plusieurs langages. Il a lui-même créé un problème politique qui n’existait pas. Quand j’ai remis mes travaux, le Premier ministre a déclaré qu’il allait se tenir à ce rapport, qui lui convenait parfaitement. Au Parlement, tout le monde était d’accord, y compris la majorité. Tout à coup, les mêmes veulent remettre en cause un consensus politique déjà établi. Je m’interroge : qui donne tous ces ordres et contre-ordres ?

Pourquoi l’exécutif et Emmanuel Macron avaient-ils tout intérêt à reporter ce vote ?

Ils n’ont eu de cesse de tergiverser, de manœuvrer et de chercher à faire porter à d’autres le report d’une élection dont ils ne veulent pas. On m’a d’abord demandé un rapport qui a convenu, mais plus maintenant. Ces dernières semaines, c’est le conseil scientifique qui a déclaré ne pas s’opposer à la tenue du vote en juin, mais le gouvernement décide tout de même de consulter les associations d’élus. Or ces derniers veulent aussi organiser le vote en juin, ce qui n’a visiblement pas plu au gouvernement, qui a tout de même consulté directement les 35 000 maires en urgence. Tout cela est abracadabrantesque ! Le gouvernement donne le sentiment de vouloir confiner la démocratie locale. Ce que je subodore depuis le début, c’est qu’il a peur de ces élections intermédiaires et il fait donc tout pour les reporter à après 2022.

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Depuis le « début » ?

Reporter le vote, c’est le souhait du président de l’Assemblée nationale depuis le début ! Il exprime depuis fort longtemps la position du chef de l’État.

Si on vous écoute, un report en octobre signifiait-il en réalité un report après la présidentielle ?

Il y a une jurisprudence du Conseil constitutionnel selon laquelle on ne peut reporter des élections que dans un « délai raisonnable ». En octobre prochain, il y aura un risque de confusion des comptes de campagne. Imaginez que des présidents de région, candidats à leur réélection, souhaitent se présenter – c’est leur droit ! – à l’élection présidentielle : comment distinguer les comptes de campagne des deux scrutins ? Tout cela est source de contentieux. On nous dira alors que l’élection n’est pas tenable et qu’il faudrait encore la repousser après mai 2022. Sauf qu’après la présidentielle il y a les législatives. En l’espace d’un trimestre, les Français seraient donc appelés à aller voter six fois ! Il s’agit de remplacer ou de relégitimer les hommes et les femmes qui vont diriger les départements et les régions. C’est très important de le faire avant le mois d’octobre puisque se mettra alors en place la gestion postpandémique, notamment l’application des plans de relance. Ne prenons donc pas de retard !

Comment expliquer que tous nos voisins européens ont tenu des élections ces derniers mois et que la France tergiverse encore sur ce sujet ?

Je ne me l’explique pas ! La dérobade de l’exécutif est incompréhensible. J’entends monsieur François Bayrou, maire de Pau réélu en 2020, souhaiter le report à octobre. J’ai envie de lui rappeler qu’il a été élu en pleine pandémie et que personne ne conteste son élection ni la légitimité des maires élus en 2020. Le gouvernement et Emmanuel Macron nous annoncent enfin qu’à la mi-mai les cafés, les restaurants, les salles de spectacle et les commerces non essentiels pourront normalement rouvrir, mais il serait malgré tout impossible d’organiser un vote deux dimanches de suite ? Où est la logique ?




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