Appel à une enquête complète sur les origines du Covid-19

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Comprendre comment le virus Sras-CoV-2 a émergé et s’est propagé dans la population humaine est une base essentielle pour hiérarchiser les futures stratégies de prévention et de réponse aux pandémies. Pourtant, plus d’un an après l’épidémie initiale, aucun processus solide d’examen des origines de la pandémie n’a été mis en place, et des données et échantillons biologiques importants qui pourraient fournir des informations essentielles sur les origines de la pandémie restent inaccessibles. Ces lacunes constituent une menace significative pour tous et pour les générations futures.

À LIRE AUSSICovid : « La thèse du laboratoire de Wuhan n’est pas une théorie du complot »

En tant que scientifiques, spécialistes des sciences sociales ou médiateurs scientifiques, la plupart signataires de la lettre ouverte du 4 mars 2021 sur les origines du Covif-19, nous pensons qu’il existe une meilleure manière d’aller de l’avant.

Réaction au rapport de l’équipe d’étude conjointe Chine-OMS

Dans notre lettre ouverte précédente, nous avons exposé nos craintes que l’équipe conjointe du comité international et du gouvernement chinois « n’ait pas le mandat, l’indépendance ou les accès nécessaires pour mener une enquête complète et sans restriction sur toutes les hypothèses concernant les origines du Sras-CoV-2 ». Après avoir lu le rapport intitulé « Étude mondiale des origines du Sras-CoV-2 conjointe par l’OMS : partie chinoise  », et examiné les déclarations faites lors de la conférence de presse organisée par l’OMS le 30 mars 2021 pour la publication du rapport, nous avons malheureusement conclu que nos préoccupations étaient pleinement justifiées.

Plus d’un an après l’épidémie initiale, des dossiers et des échantillons biologiques essentiels qui pourraient fournir des informations critiques sur les origines de la pandémie restent inaccessibles.

Au-delà des problèmes concernant la structure et le processus de la mission conjointe décrits dans notre précédente lettre ouverte, nous souhaitons exprimer les préoccupations suivantes concernant le processus d’étude conjointe et les conclusions du rapport :

  • L’équipe d’étude conjointe considérait que sa priorité était la recherche d’une origine zoonotique et non l’examen complet de toutes les sources possibles de la pandémie. Les termes de référence de son mandat ne mentionnaient aucune piste de laboratoire possible et, au contraire, indiquaient explicitement dès le départ une origine zoonotique stricte (« identifier la source zoonotique du virus  »).

  • Les données publiées à l’appui du rapport de mission présentent pour la plupart des examens d’études chinoises qui n’ont pas été publiées, partagées ou examinées par la communauté scientifique internationale.

  • Plus d’un an après l’épidémie initiale, des dossiers et des échantillons biologiques essentiels qui pourraient fournir des informations critiques sur les origines de la pandémie restent inaccessibles. Cette rétention de ressources clés qui auraient pu et dû être mises à disposition a sapé la crédibilité du travail de l’équipe d’étude conjointe.

  • Le groupe d’étude conjointe a utilisé des normes de preuve différentes pour les quatre hypothèses d’origine qu’il a examinées. Aucune justification solide n’est fournie pour expliquer pourquoi un « accident de laboratoire  » (qu’il s’agisse d’une fuite de laboratoire ou d’un accident lors d’un prélèvement d’échantillons) devrait être considéré comme « extrêmement improbable  », ou pourquoi une dissémination naturelle via un hôte animal inconnu devrait être considérée comme « probable, à très probable  ». À ce stade, il n’existe toujours pas de preuve directe de l’une ou l’autre de ces voies, ni de données ou de preuves vérifiées suffisantes pour en exclure une, alors que les exemples historiques soutiennent amplement les deux.

Aucune justification solide n’est fournie pour expliquer pourquoi un « accident de laboratoire » (qu’il s’agisse d’une fuite de laboratoire ou d’un accident lors d’un prélèvement d’échantillons) devrait être considéré comme « extrêmement improbable », ou pourquoi une dissémination naturelle via un hôte animal inconnu devrait être considérée comme « probable, à très probable ».

  • En particulier, l’une des principales conclusions du rapport, à savoir que le Sras-CoV-2 a très probablement été introduit dans la population humaine par le biais d’un hôte intermédiaire, n’est pas étayée par les résultats négatifs de l’ensemble des 80 000 échantillons d’animaux sauvages, de bétail (35 espèces) et de volaille testés. Cette voie reste donc entièrement hypothétique, ce qui démontre bien tout au moins la nécessité de rester ouvert à d’autres possibilités.
  • Le rapport d’étude conjointe ne consacre que 440 mots à l’examen de l’hypothèse d’accident de laboratoire – moins de 1 % de l’ensemble du rapport – et le fait de manière distante et superficielle, sans tenir compte de toutes les versions possibles de cette piste, y compris l’infection éventuelle d’un membre de l’équipe d’échantillonnage par un virus qui n’a peut-être jamais été isolé ou séquencé. Le rapport d’étude conjointe ne fait pas non plus mention des recherches de gain de fonction (GOF) sur les coronavirus de chauves-souris qui étaient menées à Wuhan au second semestre 2019.

  • L’examen en 440 mots de l’hypothèse d’un accident de laboratoire est complété par l’annexe D7 du rapport, qui qualifie la piste du laboratoire de « théorie du complot  » à cinq reprises, tout en comportant des affirmations contestées, incorrectes, imprécises et contradictoires (comme détaillé dans le supplément ci-dessous).

  • Le processus final utilisé par l’équipe d’étude conjointe pour évaluer la probabilité d’un accident de laboratoire – essentiellement un vote à main levée par les membres de l’équipe sur la base d’un examen extrêmement superficiel – n’a pas respecté les normes les plus élémentaires d’une analyse et d’une évaluation crédibles. En outre, il n’est pas certain que les membres chinois de l’équipe aient eu la liberté d’exprimer leur évaluation de manière équitable à l’égard de toutes les hypothèses en présence d’observateurs du gouvernement chinois.

Il n’est pas certain que les membres chinois de l’équipe aient eu la liberté d’exprimer leur évaluation de manière équitable à l’égard de toutes les hypothèses en présence d’observateurs du gouvernement chinois.

Face à ces limitations importantes et à ces échecs de procédure qui remettent en question les conclusions du rapport de l’étude conjointe Chine-OMS, nous soutenons pleinement la déclaration du 30 mars 2021 du directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, selon laquelle toutes les hypothèses au sujet des origines doivent encore être examinées, y compris la possibilité d’un accident lié à un laboratoire, que la Chine doit être plus diligente dans le partage des données essentielles et des échantillons biologiques, et que l’OMS est prête à envoyer des missions et des experts supplémentaires en Chine afin d’examiner en profondeur toutes les hypothèses au sujet des origines. Nous nous félicitons de cette défense courageuse de l’intégrité de l’OMS et reconnaissons le potentiel de cette organisation à mener une enquête approfondie sur les origines de la pandémie, une fois reçus le mandat et le soutien requis.

Nous saluons également la déclaration commune de 14 pays du 30 mars 2021, au sujet de l’étude des origines du Covid-19 conjointe par l’OMS, dans laquelle ils soulignent la nécessité d’une « analyse et d’une évaluation transparentes et indépendantes, exemptes d’interférences et d’influences indues  » et expriment leur préoccupation commune quant au fait que l’étude commune « n’a pas eu accès à des données et à des échantillons complets et originaux  ». Nous reconnaissons également la déclaration de l’Union européenne sur l’étude des origines du Covid-19 conjointe par l’OMS, qui souligne que l’identification de la source du virus du Sras-CoV-2 « nécessitera une coopération totale et transparente de tous les États membres de l’OMS et un effort de collaboration de la part de scientifiques de diverses disciplines  ».

Prochaines étapes

Les principes énoncés par le directeur général de l’OMS et les deux déclarations conjointes mentionnées ci-dessus nécessiteront un engagement renouvelé de l’OMS et de tous les États membres en faveur d’une enquête scientifique complète et sans restriction, fondée sur l’accès, la transparence et la diligence. Cet objectif essentiel doit être réalisé par au moins une des trois étapes concrètes envisageables.

1. Réviser les termes de référence du mandat.

Compte tenu des limites extrêmes de la présente étude conjointe, et conformément à la déclaration du Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, nous ne pensons pas qu’une étude complète des origines du Sras-CoV-2 ait été entreprise à ce jour. Par conséquent, la prochaine étape la plus logique serait que les termes de référence existants entre l’OMS et la Chine soient révisés en ce sens afin de rendre un tel examen possible. Ces termes révisés devraient :

  • Remplacer le droit de veto de tout gouvernement concernant la composition de l’équipe d’experts internationaux par une disposition exigeant que les décisions finales concernant la composition du groupe d’experts internationaux soient prises par le Conseil exécutif de l’OMS ;

  • Garantir l’incorporation d’un plus large éventail de compétences dans l’équipe d’experts internationaux, y compris des experts en biosécurité et en sûreté biologique, des analystes de données biologiques et des enquêteurs expérimentés ;

  • Garantir une sélection transparente de l’équipe d’experts, soutenue par un processus davantage renforcé pour traiter les éventuels conflits d’intérêts. Un tel processus devrait empêcher tout conflit d’intérêts impliquant une association professionnelle antérieure avec des laboratoires et des institutions concernés par l’enquête ;

  • Fournir un mandat officiel permettant aux experts internationaux de demander un accès complet ou significatif à tous les sites, dossiers et échantillons d’intérêt, et d’interroger les personnes concernées sans la présence des autorités gouvernementales et avec l’aide de traducteurs fournis par l’OMS ; et

  • Rendre publics ces nouveaux termes de références immédiatement après leur négociation, afin de les rendre accessibles à la communauté internationale et aux scientifiques.

2. Faire passer une nouvelle résolution à l’Assemblée mondiale de la santé.

Si ces révisions ne peuvent pas faire l’objet d’un accord et être mises en œuvre à très court terme, une deuxième option serait que les gouvernements intéressés proposent une nouvelle résolution lors de l’Assemblée mondiale de la santé de mai 2021. Outre d’intégrer les points mentionnés ci-dessus, cette nouvelle résolution devrait :

  • Appeler à une enquête scientifique internationale sans restriction sur les origines de la pandémie, examinant pleinement toutes les hypothèses concernant les origines du Covid-19, avec un accès complet à tous les dossiers, échantillons et personnels pertinents pour l’enquête, quel que soit le lieu ;

  • Appeler à un partage rapide et complet des données brutes relatives à l’émergence du Covid-19 dans le cadre de la science ouverte et des principes FAIR ;

  • Appeler à l’amélioration de la surveillance réglementaire nationale et internationale des laboratoires effectuant des recherches virologiques à haut risque, en mettant l’accent sur « les recherches de gain de fonction préoccupantes  » (GOFROC) ; et

  • Donner à l’Organisation mondiale de la santé le pouvoir de négocier de nouveaux termes de référence pour cette enquête complète, sur la base des principes énoncés ci-dessus.

3. Mettre en place une enquête internationale parallèle

S’il s’avérait impossible de réviser rapidement les termes de référence du mandat ou d’adopter une nouvelle résolution suffisante au cours de la prochaine session de l’Assemblée mondiale de la santé, la meilleure solution restante serait que les gouvernements qui souhaitent un examen complet et crédible des origines de la pandémie se réunissent pour élaborer un nouveau processus indépendant, avec la coopération de la Chine si possible, mais sans elle sinon. Un tel processus consisterait à :

  • Décrire ce qu’impliquerait une investigation complète et sans restriction de toutes les hypothèses sur les origines ;

  • S’appuyer sur les connaissances combinées d’agences gouvernementales et d’experts mondiaux pour examiner toutes les hypothèses au sujet des origines de manière aussi poussée que possible ;

  • Mettre en commun les connaissances et les renseignements des gouvernements coopérants dans le cadre d’un effort de collaboration visant à approfondir les questions essentielles ;

  • Mettre en place un système d’alerte sécurisé permettant aux scientifiques et autres personnes en Chine et dans d’autres pays de partager des informations pertinentes sans crainte de représailles ; et

  • Organiser des auditions publiques transparentes afin d’examiner toutes les hypothèses de la manière la plus responsable et la plus fondée possible sur les données.

L’appel à une enquête complète sur les origines de la pandémie par les meilleurs moyens disponibles ne vise pas à montrer du doigt un pays en particulier. Son but est de ne négliger aucune piste, afin de comprendre comment cette catastrophe a commencé. Ceci pour que nous puissions donner la priorité aux efforts visant à combler nos plus grandes lacunes, dans l’intérêt de tous les peuples et de toutes les nations.

*Liste des signataires :

  • Colin D. Butler, professeur honoraire de santé publique, Australian National University, Canberra, Australie

  • Henri Cap, PhD, zoologiste, Toulouse, France

  • Jean-Michel Claverie, professeur émérite de médecine, Virologue, Aix-Marseille Université, France

  • Fabien Colombo, doctorant, communication et sociologie des sciences, MICA, université Bordeaux-Montaigne, France

  • Francisco A. de Ribera, ingénieur industriel, MBA, MSc(Res), Data scientist, Madrid, Espagne

  • Rodolphe de Maistre, MSc ingénieur, MBA, IHEDN, France

  • Gilles Demaneuf, ingénieur et Data Scientist, BNZ, Auckland, Nouvelle-Zélande (co-organisateur)

  • Richard H. Ebright, professeur de chimie et de biologie chimique, Rutgers University, États-Unis.

  • Andre M. Goffinet, Prof. em., neurobiologie, université de Louvain, Belgique

  • François Graner, biophysicien, directeur de recherche, CNRS et université de Paris, France

  • José Halloy, professeur de physique, biophysique et développement durable, université de Paris, France

  • Makoto Itoh, Dr. ingénieur, professeur titulaire d’ingénierie, information et systèmes, université de Tsukuba, Japon

  • Hideki Kakeya, Dr. ingénieur, professeur associé d’ingénierie, d’information et de systèmes, université de Tsukuba, Japon

  • Milton Leitenberg, chercheur associé principal, École des affaires publiques, université du Maryland, États-Unis

  • Filippa Lentzos, maître de conférences en science et sécurité internationale, King’s College, Londres, Royaume-Uni

  • Jamie Metzl, Senior Fellow, Atlantic Council, États-Unis (co-organisateur)

  • Dominique Morello, biologiste moléculaire, anciennement DR CNRS, médiatrice scientifique, France

  • Nikolai Petrovsky, professeur de médecine, université Flinders, Australie

  • Steven Quay, MD, PHD, anciennement Asst. Professor, Department of Pathology, Stanford University School of Medicine, États-Unis

  • Monali C. Rahalkar, PhD, Scientifique D, Bioenergy Group, Agharkar Research Institute, Pune, Inde

  • Rossana Segreto, PhD, département de microbiologie, université d’Innsbruck, Autriche

  • Günter Theißen, Dr. rer. nat., professeur de génétique, Matthias Schleiden Institute, Friedrich Schiller University Jena, Allemagne

  • Jacques van Helden, Ir. PhD, professeur de bio-informatique, département de biologie, Aix-Marseille Université, France

  • Roland Wiesendanger, Dr. phil., professeur de physique, université de Hambourg, Allemagne



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