Lettre à Barbara Pompili, écologiste de télé-réalité

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Madame la Ministre,

En septembre dernier, j’écrivais, ici même dans Le Point, au Premier ministre pour lui signifier mon indignation concernant votre prise de position en faveur du mouvement dit des Coquelicots, qui, rappelons-le, considère les tenants de l’agriculture comme étant des empoisonneurs. Une position partisane et de surcroît officielle, puisque vous avez vous-même ratifié l’appel de ce mouvement si peu apprécié par ceux qui, loin des idéalistes donneurs de leçons, parviennent tout de même à nourrir 67 millions d’individus, 365 jours par an. Et voilà que vous récidivez dans Top Chef, émission de télé-réalité diffusée mercredi dernier à laquelle vous avez participé en dégustant des plats écologiquement engagés. Il s’agissait d’une « épreuve verte » tournée au ministère de l’Environnement pendant le confinement de novembre en présence du chef Mauro Colagreco. Au menu : tartare de fourmis, larves de grillons et insectes en tacos. L’occasion pour vous de diaboliser une nouvelle fois l’utilisation des pesticides.

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Votre vision à l’égard des pratiques agricoles étant, à ce titre, bien réductrice, car ces phytosanitaires que vous condamnez à la moindre occasion permettent de sauver, est-il nécessaire de le rappeler à un membre du gouvernement, les cultures menacées par les maladies et les ravageurs tout en garantissant, loin des théories de salon et dans le respect des normes imposées, une autosuffisance alimentaire aux populations. L’écologie que vous défendez, à l’instar de celle promue par quelques maires « nouvelets » pourfendeurs du sapin de Noël, du Tour de France ou de l’aviation, relève d’un dogmatisme inquiétant. Car, en jetant l’opprobre sur l’agriculture conventionnelle, vous impactez la compétitivité de ce secteur déjà suffisamment malmené par le jeu des distorsions internationales. Mais aussi par celui des importations qui usurpent impunément nos marchés traditionnels.

Faire manger insectes et tofu à nos ressortissants

Continuez, Madame, à accabler le modèle paysan français comme vous le faites, en souscrivant aux lobbys environnementalistes avec une complaisance ministérielle qui relève de la caricature, et vous porterez une part de responsabilité quand, et cela ne saurait tarder, adviendra le déclin de l’agriculture française. Une profession scrutée de toutes parts puisque du grand débat sur l’agriculture avec seulement 2 paysans pour 134 participants aux émissions à charge, en passant par les mouvements antispécistes ou végans et la mobilisation de quelques photographes renommés ou autres artistes de variété, vous êtes désormais de plus en plus nombreux à vouloir prendre l’outil des mains du paysan. Cette ingérence dans le métier et les menaces qu’elle va susciter dans le monde de l’élevage lorsque vous dites sur Twitter « Plus de végétariens dans nos cantines, il en faut, j’y travaille ! » résume assez bien votre motivation personnelle. Une ministre de la République, en s’inspirant de ses idéaux, n’a pas à influencer, en intervenant comme vous l’avez fait sur un plateau de télévision, les choix du consommateur, quel que soit son âge ou son statut social.

Car si l’ambition de nos élus se résume à faire manger des insectes et du tofu à leurs ressortissants, permettez-moi d’emprunter ici cette citation à l’écrivain Pierre Daninos : « Nous étions au bord du précipice, nous venons de faire un grand pas en avant. » À l’heure où le secteur de l’élevage est menacé par la réforme des soutiens, à l’heure où la crise impacte la quasi-totalité des filières agricoles, à l’heure où vignerons, arboriculteurs et maraîchers s’apprêtent à connaître une année sans récoltes consécutivement aux dégâts causés par le gel, il serait bon, Madame la Ministre, de lever un peu le pied sur la stigmatisation d’un secteur dont le rôle nourricier, social et économique, vous le savez peut-être, n’est plus à démontrer.

*Jean-Paul Pelras est écrivain, ancien syndicaliste agricole et journaliste. Rédacteur en chef du journal L’Agri des Pyrénées-Orientales et de l’Aude, il est l’auteur d’une vingtaine d’essais, de nouvelles et de romans, lauréat du prix Méditerranée-Roussillon pour Un meurtre pour mémoire et du prix Alfred-Sauvy pour Le Vieux Garçon. Son dernier ouvrage, Le Journaliste et le Paysan, est paru aux éditions Talaia en novembre 2018.




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