Les choix culture du « Point » : Almodovar fétichiste et décadence électro

0
14

Deslile va vous emballer, avec du papier

De deux choses l’une. Soit vous connaissez Guy Delisle, vous avez déjà dévoré et vous relisez sans doute souvent ses jubilatoires récits de voyage et son formidable Guide du mauvais père, auquel cas, il est inutile de vous conseiller ses nouvelles Chroniques de jeunesse qui sont sans doute, pour votre plus grand bonheur, déjà sur votre table de chevet. Soit vous ignorez encore qui est ce génial auteur d’origine québécoise, auquel cas, foncez acheter cet album autobiographique que vous avalerez d’une traite et qui vous donnera envie d’acquérir aussitôt tout ce que cet hurluberlu de la BD a déjà produit.

Dans ce nouvel album, qui se déroule au Québec, il est question d’une usine à papier plutôt hostile dans laquelle l’auteur, lorsqu’il était adolescent, passa trois étés à travailler. A priori pas le sujet le plus hilarant qui soit. Pourtant, vous allez sourire, rire aux éclats, admirer le sens de l’observation aiguë de Delisle, apprendre plein de techniques fascinantes sur la production de papier, mais aussi des choses sur les Québécois qui restent à jamais d’un troublant exotisme pour nous autres français. Bref, vous allez, on vous le garantit, passer une excellente soirée. Ce qui, par les temps qui courent, n’est pas à négliger…

Chroniques de jeunesse, Delcourt, Shampooing, 126 p., 15,50 euros. Intégrale à paraître en juin

Almodovar va vous parler en anglais, vous allez adorer

On avait quitté Pedro Almodovar malade et hanté par son enfance dans ce sublime autoportrait qu’était Douleur et gloire (2019). On le retrouve en styliste virtuose dans La Voix humaine, un court-métrage d’une demi-heure librement adapté d’un célèbre monologue de Jean Cocteau. Tilda Swinton joue l’héroïne : une de ces femmes au bord de la crise de nerfs qu’affectionne le maître. Abandonnée par son amant, elle est à la fois éplorée et triomphante, dévastée et guerrière. Il faut la voir déambuler dans une quincaillerie en vêtements haute couture et s’emparer d’une hache sous l’œil inquiet du patron. C’est le premier film en anglais du grand cinéaste espagnol, mais les couleurs sont toujours aussi éclatantes, les plans magnifiquement composés, et l’âme plus vibrante que jamais.

La Voix humaine, de Pedro Almodovar. Disponible en DVD Pathé Éditions et en VOD.

Deux va vous réconcilier avec les César, et ce n’était pas gagné…

Madeleine et Nina, deux retraitées, vivent le grand amour depuis de longues années. Mais en secret, car Madeleine n’ose pas l’avouer à ses enfants, et retarde sans cesse son coming out. Elles ont beau vivre ensemble, elles ne sont aux yeux des autres que deux voisines de palier… Résultat : le jour où un accident imprévu survient, elles sont séparées. Sur cette trame délicate, Filippo Meneghetti construit non un mélo, mais bien le récit éclatant de vie, et non dénué d’humour, d’une passion en péril. Un film sensible et fort porté par une belle distribution, les touchantes Barbara Sukowa et Martine Chevallier en tête, en amantes au long cours, mais aussi Léa Drucker en fille dépassée par la situation. Couronné par le césar du meilleur premier film, Deux représente aussi la France dans la course aux Oscars. De quoi se réconcilier avec une cérémonie des César fort décriée cette année ?

Deux, de Filippo Meneghetti. Sur OCS.

Valerie June va soigner votre blues, et ce n’était pas gagné non plus…

Elle a la voix patinée par les âmes souffrantes du sud de l’Amérique, celle de Jackson, Mississippi, où elle a grandi avec ses quatre frères et sœurs, dans un garage en parpaing posé sur un chemin de terre. Formée au chant dans les chœurs de gospel, Valerie June Hockett a travaillé comme serveuse, cuisinière, promeneuse de chiens, gardienne de maison le jour et chanteuse, la nuit. Ses premières chansons composées sur sa guitare parlent aux femmes qui se crèvent à la tâche et qui, de temps en temps, ont le blues. Aujourd’hui, à 39 ans, elle est reconnue dans le monde entier, jusqu’au Point où elle a participé à notre Session sur le toit. Elle est même la chanteuse préférée de Bob Dylan ! Son sixième album, imaginé à Brooklyn et coproduit par Jack Splash (Kendrick Lamar, Alicia Keys, John Legend) est une merveille r & b profonde et intemporelle.

The Moon and Stars : Prescriptions for Dreamers (Universal).

Rone va vous jouer la décadence version électro, et vous en redemanderez

Rone est un architecte sonore insatiable. Depuis plus de dix ans, il multiplie les projets. L’année dernière, le musicien électronique concevait un spectacle chorégraphique au théâtre du Châtelet et sortait l’album Room with View. Alors qu’il vient à peine de remporter le césar 2021 de la meilleure musique de film pour sa bande originale de La Nuit venue, il sort un nouvel opus, baptisé sobrement Rone & Friends. Un disque de collaborations, dont Coco, la dessinatrice de Charlie Hebdo qui a récemment publié Dessiner encore, a conçu la pochette. Rone – prononcer Rhône, comme le fleuve – a profité du confinement de l’année dernière pour réunir quelques amis autour de son univers musical.

De ces échanges avec Dominique A, Yael Naim, Odezenne, Camélia Jordana, Flavien Berger, Jehnny Beth et bien d’autres ont éclos douze chansons délicieuses, planantes, en suspension. Parmi elles, le sublime « Wave of Devotion », interprétée par la Britannique Georgia, que ne dénigrerait pas le groupe Massive Attack, ou encore le duo « Un » entre l’écrivain de science-fiction Alain Damasio et la chanteuse Mood, clin d’œil gourmand au Je t’aime moi non plus et La Décadanse de Serge Gainsbourg et Jane Birkin.

Rone & Friends (InFiné). Sortie le 26 mars.




Source link

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here